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Si les jeunes ne vont pas à la politique, la politique doit aller à eux
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Écrit par Mehdi   
17-05-2007

L’heure étant à l’inscription et au renouvellement des listes électorales, il serait intéressant de savoir combien de jeunes âgés de dix huit ans et plus se sont fait inscrire sur ces listes.

On nous dit qu’au terme de la première campagne, plus d’1,5 Million de personnes ont répondu à l’appel dont un peu plus de la moitié parmi la gent masculine contre quelque chose comme 47 % de femmes. Peu (ou pas) de statistiques, en revanche, ont été fournies quant à l’âge, au niveau d’instruction ou aux catégories socio-professionnelles des nouveaux inscrits.

Espérons que les services de l’Intérieur répareront bientôt cet oubli, car cela permettra de clarifier bien des choses. En particulier, la question qui hante pratiquement tous les partis politiques et nombre d’observateurs, à savoir le désintérêt -pour ne pas dire plus- des jeunes pour la chose politique.

Sans prétendre être un fin psychologue, il nous a été donné d’observer certains comportements qui pourraient expliquer -toute proportion gardée- ne serait-ce qu’en partie, l’indifférence de nos jeunes envers la politique.

Deux petits exemples y suffiraient :

1/ Il n’y a pas encore longtemps, les jeunes de Kénitra (ville où l’auteur de ces lignes a longtemps vécu et où il vient de réélire domicile) étaient littéralement partagés entre partisans du KAC et fans de la RSK, les deux clubs-phares de la cité, tout comme les casablancais le sont entre le Wydad et le Raja. Aujourd’hui, presque plus personne ne parle de ces deux clubs. Par contre, on vous parlera longuement du « Barça » et du « Réal de Madrid ».

Sans doute, parce que ces deux derniers regroupent une constellation de vedettes dont certaines venues d’Afrique ou des Favelas brésiliennes mais qui ont réussi, se sont fait un nom et beaucoup d’argent. Probablement aussi parce que les deux principaux clubs de football kénitréens ne jouent plus les premiers rôles et qu’aussi bien le championnat marocain que les différentes équipes nationales n’attirent plus grand monde et ne suscitent guère d’intérêt en raison de leur contre-performance et de leur niveau médiocre.

2/ Dans quelque café où vous allez à Kénitra (et nous avons de fortes raisons de penser qu’il en est probablement de même ailleurs), ne soyez pas surpris de constater que la chaîne Qatarie « Al Jazeera » est omniprésente, matin, midi et soir. Et lorsqu’un cafetier s’avise de regarder ailleurs, il se trouvera toujours un ou plusieurs clients -souvent jeunes- pour lui réclamer de capter ladite chaîne, qu’il s’agisse du canal sportif ou de sa version généraliste. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cette « Jazeramania » est dûe essentiellement au fait que nos chaînes nationales ne satisfont pas nos compatriotes. Sinon, comment expliquer qu’au même moment où la R.T.M ou 2M, programment un débat politique, une émission économique ou sociale ou même un match important, la plupart de nos concitoyens préfèrent orienter leur parabole vers l’Orient ?

Dans l’un comme dans l’autre cas, force est de reconnaître que si nos jeunes, en particulier, ont souvent les yeux rivés sur « Aljazeera » (que je trouve personnellement -soit dit en passant- très prétentieuse, incohérente et partiale mais que je dois subir chaque jour le temps de siroter mon « express » et de jeter un regard sur les journaux nationaux), c’est qu’ils ne trouvent pas chez eux ce qu’ils aiment voir ou entendre.

Les jeunes -c’est archi-connu- aiment le changement, explorer de nouveaux horizons, découvrir de nouvelles choses, connaître le monde et, si possible, le refaire complètement…

Ils ont beaucoup d’ambitions, veulent réussir à tout prix -sans pour autant être arrivistes ; pas tous en tout cas !- sont généreux, dynamiques, inventifs et, généralement, révoltés. Contre l’ordre de papa, contre la routine et le fatalisme, contre l’injustice et le favoritisme. Ils aimeraient tout changer et c’est pourquoi ils sont portés sur la mode, font un triomphe à toute nouvelle star, même quand elle est très superficielle et ne fait que passer à la vitesse d’une comète et s’ingénient même à inventer leur propre langage. Ils aiment la liberté, les grands espaces, l’aventure. Ils veulent et tout de suite. Ils sont impatients. Bref, ils aiment la vie, les sensations fortes et se passionnent pour tout ce qui est vivant et promet des lendemains meilleurs. Ils ne craignent pas le danger, n’ont peur de rien pourvu que cela leur permette de vivre pleinement l’instant présent et de réaliser ce dont ils rêvent.

Voilà, nous semble-t-il, ce que la majorité de nos partis n’ont pas réussi à procurer ou à promettre à la jeunesse marocaine : du rêve ! Non pas de l’utopie ou des châteaux en Espagne mais du rêve synonyme d’espoir, de vie meilleure de bien être, d’opportunités d’aller de l’avant et, pourquoi pas ? de réussir et même d’accomplir des miracles et de réaliser des exploits inédits.

Il n’est que de voir l’engouement de nos jeunes pour des programmes de la première et la deuxième chaînes, tels « Al qadam Addahabi », « Challengers » ou « Studio 2M », pour comprendre qu’il suffit d’un peu d’imagination, de sens de la communication et d’intéressement -ce qui ne veut pas dire, forcément, corruption ou dévergondage- pour fédérer autour de soi un maximum de talents et de compétences.

Les partis politiques ne peuvent et ne doivent, certes pas promettre aux jeunes d’en faire des vedettes du football ou du show-business ou même de grands entrepreneurs. Ils peuvent, en revanche, leur apprendre à devenir des meneurs d’hommes, des gestionnaires et des décideurs socio-politiques, des acteurs importants dans l’animation de la cité, voire du pays. Des leaders en somme et les jeunes aîment le leadership d’autant plus que ce ne sont ni les idées, ni l’imagination qui leur manquent.

Donnons leur donc la chance et les moyens de mettre ces idées en pratique et cette imagination à contribution. Montrons-leur qu’il n’y a pas que le football, la chanson ou les affaires où ils peuvent briller de mille feux et réaliser leurs ambitions et que la politique, aussi, peut être un tremplin pour faire énormément de choses merveilleuses de nature à flatter leur amour propre tout en rendant service à leur communauté, à leurs congénères et à leur pays.

Trouvons surtout le moyen et le langage adéquats pour les convaincre que cela est tout à fait possible et qu’il y a autant de gloire et de prestige à servir son pays en étant conseilleur communal, parlementaire, ministre ou simple animateur d’une cellule de quartier qu’à porter le maillot national lors des grandes compétitions internationales ou se produire à l’Olympia, l’Opéra du Caire….

 

 

 

Ahmed EL FADILI   l'Opinion


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