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Défense et hommage de la poésie orale
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Écrit par Mehdi   
17-05-2007
Il y a quelque chose de très moderne dans l’idée de déblayer méthodiquement le terrain d’un domaine resté en friche comme la musique traditionnelle rurale, bédouine d’autant qu’elle est menacée de disparition avec les nouvelles générations, les modes de vie en changement effréné vers plus d’urbanisation.

Aussi parce qu’on dépoussière l’horizon de quelques stéréotypes injustes montés de toutes pièces par des jugements de parti-pris d’une culture écrite dominante, on redresse des torts faits à des femmes dont la réputation est d’être inscrites dans le culte du corps parce qu’elles chantent et dansent devant les hommes et aussi à une poésie qui n’a elle qu’un tort celui d’aborder des thèmes d’amour, d’humour, de critique sociale et un érotisme de bon aloi, libérateur, concret et sans détour.

Par ailleurs dans le cas du Maroc le propre de ces fouilles c’est que le coup de pioche se fait pour le moment dans du vivant et non un folklore. Ce dernier correspond à un cadavre embaumé remisé dans les musées pour se souvenir d’un monde englouti, ce qui n’est pas le cas encore au Maroc avec al-Aita, Ahouach, Ahidous des chants et danses qui font encore partie de la vie quotidienne, avec force et pérennité, chacun dans son fief. C’est dans cet esprit que s’inscrit le travail plutôt inédit de Hassan Najmi sur la musique chantée al-Aita avec ce livre en arabe en deux tomes le « Chant al-Aita, poésie orale et musique traditionnelle au Maroc » paru aux éditions Toubkal et présenté au salon du livre.

 La modernité vraie va dans la perspective de restituer des vérités, dévoiler, rendre justice comme c’est le rôle de l’historien et du chercheur, à des femmes, les chikhat, et à un genre d’art, de culture, de poésie orale mis à l’écart par la culture dominante écrite et victime d’abus et d’interprétations injustifiées. D’où des difficultés majeures pour les chercheurs de construire une évolution d’une musique, poésie, chorégraphie à travers les siècles du moment qu’il y a peu de traces de cette culture orale dans les écrits du passé. Ce serait à cause d’un dédain infus construit sur des malentendus pour une culture profane qui plus est une culture du peuple la’mma.

On aura l’impression ces derniers temps d’avoir évoqué assez al-Aita avec des émissions de télévision comme un thème de recherche alors qu’auparavant on connaissait al-Aita comme un art de chansons et danses des chikhat, popularisé dans des grandes villes par des vedettes comme Maréchal Kibbou, Bouchaïb Bidaoui, Hajja Hamdaouiya, Latifa Amal, Fatna Bent Lhoussine…  A l’origine Al-Aita c’est un appel de ralliement, elle est en rapport avec les pleurs et les joies et elle constitue, comme toute poésie digne de ce nom, un écho répertoire des joies et soucis quotidiens qui dessinent en filigrane le destin des êtres humains et à travers eux des peuples et figure la partie intime et toujours vivante de la mémoire comme un cœur qui bat.

 L’ouvrage de Najmi est une tentative pionnière dans sa démarche de remonter aux origines de cette musique de la plaine qui a pris naissance dans le domaine des tribus Abda, Doukkala et Chaouia au gré des fêtes et des circonstances. Tentative réussie, elle montre les difficultés de remonter le temps, de reconstituer l’histoire de cet art de la fête depuis l’installation des tribus arabes parmi les tribus amazigh, et la naissance de darija sur le littoral atlantique entre Casablanca et Safi.

Etrange destin de cette culture dont celles qui en constituent la cheville ouvrière, les chikhats, sont aimées d’un côté et rejetées de l’autre par une volte-face sociale schizophrénique. Or ce travail leur rend hommage comme étant celles qui ont fait don de leur vie et talents pour la perpétuation de la mémoire d’une culture et poésie dont les auteurs sont des anonymes.

  « Al-Aita poésie orale et musique traditionnelle au Maroc » essai en arabe de Hassan Najmi, éditions Toubkal, Casablanca.

Saïd AFOULOUS

 


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